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Ce qu’il faut retenir
- Dialogue : L’architecture s’efface pour faire du paysage le protagoniste principal, grâce à des baies vitrées généreuses.
- Matériaux : Le rotin et les cordages apportent une douceur textile et une perméabilité à l’air et à la lumière, inspirées de la mode.
- Sur-mesure : Le mobilier, conçu comme une collection capsule, incarne une vision où l’habitat et la présentation d’une marque se fondent.
Quand la vue sur l’océan devient le cœur du projet
Je suis souvent frappée par la manière dont un lieu peut dicter sa propre grammaire esthétique. À Kamakura, à une petite heure et demie de Tokyo, le studio I IN a transformé un ancien bâtiment en une maison de vacances, la Lulla House. Sincèrement, ce qui change tout ici, c’est l’approche : l’idée n’était pas de construire face à la mer, mais de construire pour la mer. L’architecture se fait discrète, presque évanescente, pour laisser l’immensité bleue occuper tout l’espace, visuel et émotionnel.
Une structure réinventée, un dialogue avec les éléments
Le parti pris est audacieux : conserver l’ossature acier existante, mais tout reconstruire autour. Pour être honnête, c’est un geste à la fois respectueux et radical. Les murs, intérieurs comme extérieurs, ont été repensés pour servir un seul maître : le paysage. Les baies vitrées monumentales ne sont pas de simples fenêtres ; ce sont des cadres vivants, des tableaux mouvants qui invitent l’extérieur à devenir partie intégrante de l’ambiance.
Et puis, il y a la matière. Le rotin, utilisé à profusion, n’est pas qu’un choix esthétique. Dans l’absolu, il évoque la brise marine qui traverse doucement les pièces. Sa texture ajourée filtre la lumière, créant des jeux d’ombre et une atmosphère douce, presque vaporeuse. À l’extérieur, les cordages apportent une touche narrative forte : on quitte le registre strict de la construction pour entrer dans celui du textile, de la maille et du fil. C’est une sensibilité rare, qui parle directement à mon âme de designer.
Le mobilier sur-mesure, entre art de vivre et identité de marque
Là où le projet prend toute sa dimension, c’est dans son approche du mobilier. Ici, rien n’est laissé au hasard. Chaque pièce a été conçue sur mesure par le studio, avec l’idée qu’elle pourrait également être commercialisée sous la marque de mode du propriétaire. Ce n’est pas une série rigide, mais plutôt une collection d’objets singuliers qui dialoguent entre eux.
Je suis particulièrement sensible à ce travail sur la texture : les tables en bois à finition brossée qui appellent la main, les portes de cuisine et de placard en rotin qui se transforment en paravents décoratifs. L’élément central, cependant, reste cet escalier spiralé d’un blanc pâle, une sculpture fonctionnelle qui contraste avec la chaleur des bois environnants et structure l’espace avec élégance.
Une distribution qui raconte une histoire
La distribution des espaces est elle aussi narrative. Au rez-de-chaussée, un volume en titane sépare le séjour de la cuisine tout en s’ouvrant sur la terrasse. À l’étage, on est accueilli par un dressing ouvert, placé au cœur de la circulation. Un choix symbolique fort qui place l’acte de s’habiller, de se composer une apparence, au centre du mode de vie.
Mais la pièce maîtresse, pour moi, est sans conteste la salle de bain ouverte sur l’océan. Les carreaux rose pâle, d’un sable japonais, associés à un joint vert citron, sont une pure déclaration d’amour à l’univers de la mode. Traiter le carrelage comme un tissu et le joint comme un fil : c’est d’une justesse incroyable. Cette touche de rose, couleur signature de la marque du client, court d’ailleurs en filigrane dans tout l’intérieur, comme un leitmotiv discret.
L’essence du projet : créer une expérience collective
Finalement, Lulla House dépasse la simple maison de vacances ou showroom. C’est un manifeste. Un espace conçu pour que la beauté du paysage devienne une expérience collective, partagée. L’idée n’est pas de posséder la vue, mais de la vivre, physiquement et émotionnellement, seul ou à plusieurs.
Ce projet me rappelle, une fois de plus, que le vrai luxe n’est pas dans le marbre ou l’or. Il est dans cette justesse, cette capacité à créer un dialogue parfait entre un lieu, une fonction et une sensibilité. C’est une leçon d’humilité et d’audace, où chaque détail, du rotin au joint de carrelage, contribue à une harmonie globale. Sincèrement, c’est ce genre d’approche qui, pour moi, définit le design d’intérieur contemporain à son meilleur.

Designer d’intérieur & Rédactrice déco
Designer d’intérieur indépendante lyonnaise de 32 ans, formée aux Beaux-Arts et passée par plusieurs agences parisiennes avant de m’installer à Lyon. Consultante déco et rédactrice spécialisée, j’accompagne mes clients dans la création d’intérieurs qui leur ressemblent. Passionnée par les tendances émergentes autant que par les classiques intemporels, je crois qu’un bel intérieur n’est pas une question de budget mais de justesse. Entre projets clients et création de contenu sur Dizing, je partage ma vision d’une déco accessible, moderne et réfléchie, loin du superflu et du tape-à-l’œil.
Expertises : Design d’intérieur • Tendances déco • Aménagement d’espaces • Couleurs & matières • Analyse de styles • Conseils personnalisés