Snoopy et le design : une expo qui révèle l’âme déco de Peanuts

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Points clés à retenir

  • Le décor comme personnage : les intérieurs de Peanuts reflètent l’évolution des tendances déco américaines, des années 1950 aux années 1990.
  • Une influence mode : l’exposition « Snoopy in Style » à New York célèbre l’impact de Peanuts sur la mode et la pop culture.
  • Un miroir de la société : Schulz a su capter l’essence du mode de vie américain pour créer un univers à la fois universel et intemporel.

Une expo qui marie déco et culture pop

Si vous pensez que les personnages de Peanuts n’ont jamais eu de style, détrompez-vous. L’exposition « Snoopy in Style », qui a ouvert ses portes cette semaine dans le quartier branché de Meatpacking à New York, met en lumière l’influence persistante du comic strip sur la mode et la culture pop. On y découvre des pièces d’archives du musée Charles M. Schulz, mais aussi des créations inspirées de l’univers de Peanuts par des marques comme Adidas, Bode, Sandy Liang, Tanner Fletcher et Tory Burch.

Le décor, un personnage à part entière

Mais la mode n’est qu’une facette de l’histoire. Le véritable héros, c’est le décor. Les intérieurs de Peanuts racontent à eux seuls des décennies d’architecture et de design américain, du salon de Charlie Brown aux maisons du quartier où évoluent les personnages. Charles M. Schulz, le créateur, savait utiliser les plus infimes détails – une fenêtre, un massif de plantes, un chemin pavé – pour nous plonger dans l’univers physique de ses personnages. « Il pouvait se permettre d’utiliser une forme de raccourci visuel », explique Benjamin L. Clark, conservateur du musée Charles M. Schulz. « Votre cerveau sait immédiatement de quoi il s’agit. »

L’influence du modernisme des années 1950

Si Les Jetsons criaient le modernisme des années 1950, Peanuts le murmurait avec subtilité. « Cette approche minimaliste permettait de garder l’attention sur le développement des personnages, les dialogues et l’essentiel de l’humour », précise Clark. Dans ces décors simples et épurés, Charlie Brown poussait ses soupirs exaspérés, Snoopy somnolait sur sa niche, et Lucy faisait des avances à Schroeder, obsédé par Beethoven.

La bulle créée par Schulz pour ses personnages rappelait les quartiers de son enfance à Saint Paul, dans le Minnesota, puis plus tard sa maison de banlieue à Colorado Springs. Les maisons restaient de style ranch, avec des toits à pignons, ne variant que très peu au fil des décennies. D’une certaine manière, Peanuts aurait pu se dérouler dans n’importe quelle banlieue américaine, et c’était précisément le but. Pour l’Américain moyen des années 1950 et 1960, ces maisons étaient non seulement familières, mais reflétaient leur propre réalité. Comme le note Clark, elles « projetaient une normalité ».

Des meubles cultes dans les cases

Si la maison de style ranch restait immuable, le mobilier, lui, suivait les tendances. Dans les années 1950, Herman Miller et Knoll dominaient le marché. Dans un strip de 1953, immortalisé par de nombreuses republications, Schulz dessine une chaise Eames LCW, une chaise papillon et une chaise longue Barwa. On y voit aussi une table basse en forme de rein, façon Noguchi, et une table d’appoint avec pieds en épingle à cheveux, surmontée d’une lampe à l’abat-jour en puzzle.

Dans d’autres strips des débuts, Schulz représentait des fauteuils Womb de Saarinen, des bureaux de direction et des murs ornés d’art abstrait. « C’est fascinant de voir une chaise Eames à travers le prisme de Schulz et la manière dont il a transposé ces formes en quelque chose de très humain – il y a une chaleur qui s’en dégage », souligne Matt Murphy, designer de l’exposition.

Des intérieurs qui se réinventent

Les salons de Peanuts étaient bien plus qu’un simple décor ; ils suivaient les changements de goûts. Les tissus audacieux à motifs géométriques des années 1950 ont laissé place aux chintz fleuris, style Laura Ashley, dans les années 1980, puis à des imprimés plus éclectiques dans les années 1990. De même, la cuisine, représentée de manière plus sobre, reflétait les styles de chaque époque : les placards à façade plate des années 1950 dans un strip de 1958, ou un îlot central très tendance dans un épisode de 1982.

Un observateur attentif du quotidien

Schulz était un observateur avisé de son environnement, mais sans jamais imposer un point de vue. Sa capacité à représenter avec justesse rideaux, lampes, chaises et œuvres d’art venait d’une habitude : il « dessinait » mentalement tout ce qu’il voyait avant de le retranscrire sur papier. « Il racontait que s’il voyait des rideaux intéressants, il les dessinait dans sa tête en permanence », nous confie Clark. « Il les voyait quelque part, et dans son cerveau, il se disait : « Ah, ces rideaux sont intéressants, je vais les dessiner ». »

Un héritage indémodable

Durant ses cinq décennies d’existence, Peanuts a absorbé le mode de vie américain et l’a restitué dans un format qui faisait rire tout en donnant un sentiment de familiarité. Comme le disait Snoopy : « Apprends d’hier, vis pour aujourd’hui, espère pour demain, repose-toi cet après-midi. » Une philosophie simple, à l’image de ces décors qui continuent de nous inspirer.

L’exposition « Snoopy in Style » est visible du 2 au 26 septembre au 25 Little West 12th St, New York, NY.