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Ce qu’il faut retenir
- Patrimoine : Réhabilitation d’une maison expérimentale de 1981, icône du postmodernisme britannique.
- Intervention : Un escalier central en bouleau devient l’élément sculptural et fonctionnel qui réorganise tout l’espace.
- Philosophie : Dialogue entre l’audace architecturale originale et les besoins contemporains de confort et d’efficacité énergétique.
Quand l’expérimental rencontre le quotidien
Sincèrement, certaines architectures conceptuelles fascinent sur le papier mais déçoivent à l’usage. La Pyramid House, construite en 1981 pour l’exposition « Homeworld 81 » à Milton Keynes, en est l’illustration parfaite. Conçue par le cabinet Wigley Fox Architects, cette maison futuriste axée sur les économies d’énergie était plus une sculpture habitable qu’un véritable foyer. L’idée, pour être honnête, était avant-gardiste, mais le plan carré, traversant, avec ses multiples portes, répondait davantage à un flux de visiteurs qu’à la vie de famille. Ce qui change tout, aujourd’hui, c’est la réhabilitation menée par le studio Khan Bonshek.
Le défi : apprivoiser une forme « très, très étrange »
« C’est un bâtiment très, très étrange », admet l’architecte Mark Bonshek. Je comprends son sentiment. Dans l’absolu, une pyramide n’est pas la forme la plus intuitive pour concevoir un intérieur. L’espace se rétrécit vers le sommet, les angles sont aigus, et la distribution peut vite tourner au casse-tête. La maison, après des décennies et un passage télévisuel dans les années 2000 qui avait accentué ses traits postmodernes, nécessitait une intervention à la fois respectueuse et radicale. Il ne s’agissait pas de gommer son identité, mais de la révéler pour mieux y vivre.
L’escalier, pièce maîtresse et sculpture lumineuse
Pour être honnête, le coup de génie de cette rénovation réside dans un élément central : l’escalier. Khan Bonshek en a fait le cœur battant de la maison. Imaginez une sculpture tridimensionnelle en contreplaqué de bouleau, dont les centaines de pièces assemblées forment un ruban léger qui semble flotter. « L’escalier est magique », confie Sabba Khan. L’idée était de créer un axe central depuis lequel la lumière, filtrant par le puits de jour pyramidal au sommet, inonde chaque niveau. Fabriqué par Landmark Joinery, cet élément n’est pas qu’un passage ; c’est une expérience sensorielle, un jeu d’ombre et de lumière qui anime l’ensemble.
Réorganiser l’espace comme un puzzle 3D
Avec cet escalier comme colonne vertébrale, les architectes ont abordé la maison comme un puzzle tridimensionnel à emboîter. Ils ont supprimé certaines ouvertures désordonnées pour en élargir d’autres, créant des perspectives traversantes qui mettent en valeur la structure. L’ancien demi-sous-sol, peut-être conçu comme un abri antiatomique peu efficace, est devenu une bibliothèque intimiste. À l’étage, sous les combles, les eaves (les espaces sous la pente du toit) ont été astucieusement transformés en deux alcôves de sommeil, un espace bureau, une salle d’eau et même un sauna compact. Ce qui change tout, c’est cette utilisation ingénieuse de chaque recoin, prouvant qu’une forme contraignante peut devenir une opportunité.
Un dialogue entre héritage et modernité
La rénovation ne fait pas table rase du passé. Sincèrement, c’est ce que j’apprécie le plus. Des fragments du revêtement bois diagonal d’origine ont été conservés, peints et étendus pour former un cadre. Un morceau du tapis au motif audacieux créé par Laurence Llewelyn-Bowen pour l’émission télévisée trône dans une alcôve, chéri par les propriétaires. Le nouveau sol en terrazzo dialogue avec le parquet en chêne à l’étage. La cuisine et les rangements sont sur mesure, épousant les angles atypiques. Dans l’absolu, le projet réussit l’équilibre délicat entre préservation de l’âme postmodern et injection d’un confort contemporain, avec notamment l’installation de pompes à chaleur géothermiques pour réguler une enveloppe autrefois sujette aux surchauffes estivales et aux courants d’air hivernaux.
Ma vision : une leçon de justesse
Je vois dans ce projet une magnifique leçon de design d’intérieur. Il ne s’agit pas d’avoir le budget le plus important, mais la vision la plus juste. Khan Bonshek n’a pas lutté contre la pyramide ; il l’a écoutée. Ils ont identifié son point faible – une distribution confuse – et y ont répondu par un élément fort, poétique et fonctionnel. L’idée, finalement, est que la contrainte peut être la mère de la créativité la plus pure. Cette maison, autrefois simple curiosité, est devenue un écrin singulier et profondément habitable. Elle nous rappelle qu’un intérieur réussi est celui qui fait dialoguer l’histoire des lieux avec la vie de ceux qui l’occupent, sans jamais sacrifier l’un au profit de l’autre. Pour être honnête, c’est exactement la philosophie que je défends dans mon propre travail.

Designer d’intérieur & Rédactrice déco
Designer d’intérieur indépendante lyonnaise de 32 ans, formée aux Beaux-Arts et passée par plusieurs agences parisiennes avant de m’installer à Lyon. Consultante déco et rédactrice spécialisée, j’accompagne mes clients dans la création d’intérieurs qui leur ressemblent. Passionnée par les tendances émergentes autant que par les classiques intemporels, je crois qu’un bel intérieur n’est pas une question de budget mais de justesse. Entre projets clients et création de contenu sur Dizing, je partage ma vision d’une déco accessible, moderne et réfléchie, loin du superflu et du tape-à-l’œil.
Expertises : Design d’intérieur • Tendances déco • Aménagement d’espaces • Couleurs & matières • Analyse de styles • Conseils personnalisés